Je commence à 10h, j'avais prévus ce temps pour bosser, mais malheureusement mon esprit en a décidé autrement. Je file en direction du centre-ville, j'entre dans une boulangerie au hasard. Je la connais par c½ur celle là
Je parcours rapidement la vitrine, mille feuille tartes aux pommes me font de l'½il, les sandwiches me font des pieds de nez .
-Bonjour trois pains au chocolat s'il vous plait
La boulangère attrape les trois petits pain et les enroule dans un papier, je règle et je sors du magasin .J'en avale un , il descend douloureusement dans ma gorge avant d'atterrir dans mon estomac. Il est déjà fini, j'en avale un autre sans prendre le temps de marcher, puis le troisième, j'essaye d'aller lentement. Je froisse nerveusement le sachet et le fourre dans ma poche. Mange moins vite, une fois fini tu n'auras rien , il ne faut pas de pause. Je machine encore un bout de temps ce qui me reste de petit pain. Un autre boulangerie m'apparaît, sauvée. Je pousse la porte.
Je demande deux croissants .Ils sont plus difficiles à avaler. J'irais bien prendre une pizza mais la boutique est fermée .Je m'arrête deux secondes, essoufflée. J'ai mal à l'estomac.
Je vois le grand frais qui se dresse, je suis sauvée. Je traverse la rue avant de m'engouffrer dans le magasin, fruit yaourts quiches biscuits, ça ne tenait qu'à moi je prendrais tout .
Mais je n'ai pas une fortune énorme non plus
Je prend un pack d'actimel une boite de carottes râpée et des fraises un coca é le journal en passant.
Je sors avec un sac plus lourd que moi (non j'exagère)
-Vous aller y arriver? me demande la caissière
-Oui oui ça va aller merci. Et cherche un endroit ou m'installer , loin des regards .Aucune envie qu'on me voit dans cet état. Je m'assied sur une margelle.
C'est partit. Et ça va faire mal
Je bois à la suite une puis deux trois non cinq bouteilles d'actimel elle vont s'entasser dans le sac plastique , je m'attaque au carotte râpé en m'acharnant sur cette fichu boite qui ne veut pas s'ouvrir. Vive les ouverture facile!
Je mange à même les doigts. La nausée commence à venir. Je bois une gorgée de coca pour faire passer .Je regarde ma montre 9h00, il faut commencer à rentrer. Je suis mal , pourvu que je ne vomisse pas dans la rue. J'avance d'un pas lent, en jetant les cadavres dans la poubelle. Je croque une fraise. Le pack est gros et mon sac est plein, je ne peux pas rentrer comme ça au lycée. Aucune trace de clochard à l'horizon en plus.
Une idée me vient, je connais une dame sur Mâcon, une amie de la famille. Je me glisse chez elle en passant par l'entré de son cabinet, sa maison est derrière .J'étais venue y faire le ménage. Un petit mot griffonné et non signé est scotché sur l'emballage. Je gravis les marches et je pose furtivement le paquet bien en évidence devant la porte .Un bruit de clés se fait entendre, je cour vers la sortie comme une voleuse.
Mon c½ur bat à tout rompre et je suis épuisée , au bord des larmes. Putin de crise. Jme sens hyper lourde. J'essuis mon visage , mes mains collantes sur mon pantalon. Je n'arrive même plus à me souvenir si j'ai aussi pris deux sablé ou si ça c'était la dernière fois. Le lycée approche.
Calme toi, calme toi, je dis pour moi même.
La rue est déserte.
Jsuis enfin au lycée, ça n'a pas encore sonné. Je redeviens moi. Il ne s'est rien passé. Mon baggy est dégeulasse à cause du sol humide et tombe en lambeaux, je n'y fait pas attention .J'avance dans la cour comme une zombie sans voir les autres.
Là, c'est fini. Mais quand sera la prochaine?
Je passe aux toilettes me brosser les dents et boire un peu d'eau. Je n'ose même pas me regarder dans le miroir. Pour y vois quoi de tout façon ?
20H00, la nuit est déjà tombée, je suis encore devant le lycée. J'ai préféré participer aux Portes Ouvertes plutôt que de devoir rentrer chez moi. Ici je erre, je vaque comme je veux, j'ai de l'espace et je ne suis pas sans cesse surveillée. Je ne suis pas en cours; je me sens libre sans l'être. Il ne fais pas froid mais il est en retard. Je fais les 100 pas .Il arrive, se justifie en expliquant qu'il y a eu un accident qui a ralenti la circulation .J'esquive ses questions, trop robotisées, trop mécaniques Je tombe de sommeil.
Je n'ai qu'un envie, aller me coucher, mais malheureusement c'est pas comme ça que ça se passe .Je traîne un sac plus lourd que moi, je dois dire bonsoir féliciter ma s½ur pour ci pour ça .Je ne peux même pas souffler. Et moi alors vous y pensez ? Ouais non laisser tomber. Jpeux monter me coucher? Non, faut passer par le dîner! Mais j'ai pas faim merde .Qui a inventé cette stupidité de devoir obligatoirement passera table que j'aille lui dire deux mots.
Pourquoi nous force t-on enfant à finir notre assiette?
Pourquoi fait on du chantage? Si t'es sage t'aurais un bonbon
Pourquoi on ne cesse de nous défiler 'ne mange pas trop gras, trop sucré, trop salé, mange au moins cinq fruits et légumes par jour, évite de grignoter ' et par derrière on nous passe des tas de pub pour des glaces, des gâteaux des sodas tous aussi sucrés les uns que les autres?
Je comprend pas pourquoi on ne cesse de pousser à la consommation, à montrer des mannequins, à ne pas nous montrer la réalité telle qu'elle est .
Pourquoi à chaque fois que ma mère voit une personne enrobée ou obèses elle ne peut s'empêcher de dire 'Oula elle devrait perdre du poids celle là' au lieu de se poser la question 'mais comment cette personne le vit? Comment en est elle arrivé là? Quel regard pose elle sur le monde?
Non, ces questions là personne ne se les pose. Personne ne cherche à se mettre à leur place, ou personne ne veut....
[ ✔ αנσυтєя à мєѕ αмιѕ ] - [ ❤ αנσυтєя à мєѕ вℓσgѕ ρяéféяéѕ ]
